John Axelrod






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3 Apr 2011
Duet Show with Lang Lang, Herbie Hancock, John Axelrod and the Orchestre National des Pays de la Loire
ConcertoNet.com

April 3, 2011

 

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Duet Show with Lang Lang, Herbie Hancock, John Axelrod and the Orchestre National des Pays de la Loire

 

by Simon Corley

 

En point d’orgue d’une «carte blanche» que la salle Pleyel et la Cité de la musique lui ont consacrée depuis le 24 mars et au cours de laquelle il a à peu près fait tout ce qu’il est possible de faire avec un piano (concerto avec Christoph Eschenbach et l’Orchestre de Paris, récital avec Roberto Alagna, musique de chambre avec Roland Daugareil et Emmanuel Gaugué, pédagogie avec François Castang), Lang Lang – déjà annoncé les 3 octobre et 7 février prochains avec respectivement Riccardo Chailly et Alan Gilbert – costume noir de clergyman, a invité Herbie Hancock, complet et cravate aubergine, pour une soirée inattendue et prometteuse: au-delà du cross-over, l’une de ces improbables rencontres que seule la musique semble pouvoir autoriser, entre un pianiste classique d’origine chinoise et un jazzman afro-américain, triomphalement accueillis par une salle Pleyel comble.

Et pas à deux pianos, du moins en première partie, mais dans ce que le duo peut avoir de plus proche et même de plus intime, le quatre mains. De formation classique – à onze ans, il a donné le premier mouvement du Cinquième Concerto de Mozart avec l’Orchestre symphonique de Chicago – Hancock s’en remet toutefois pleinement à son partenaire, qui bien que tour à tour secondo puis primo, conserve toujours le contrôle de la pédale, tant dans Ma Mère l’Oye (1910) de Ravel que dans l’arrangement par Liszt lui-même de sa Deuxième Rhapsodie hongroise (1847/1874). Bien lui en prend, car ses doigts manquent d’assurance et il chahute par deux fois un attelage assez flottant. Mais si la réalisation, donnant parfois l’impression d’un déchiffrage à vue, a peut-être souffert d’un manque de travail et de coordination, l’Américain fait apprécier son sens du phrasé dans «Les Entretiens de la Belle et de la Bête» ainsi que la finesse de son toucher dans les gazouillis de «Petit Poucet», les tintinnabulements de «Laideronnette, impératrice des pagodes» et les glissandi du «Jardin féerique». Lang Lang ne peut quant à lui s’empêcher de se livrer à quelques martèlements, maniérismes et pitreries, comme à la fin de «Laideronnette» où il impose un accelerando dans les dernières mesures pour conclure sur quatre accords excessivement percussifs, provoquant à la fois l’enthousiasme des spectateurs et le retour prématuré des lumières. Et pourquoi avoir choisi cette cascade lisztienne de traits où la supériorité du jeune virtuose était à la fois prévisible et évidente, comme dans ce célèbre épisode de Tom & Jerry?

Demeuré dans le noir pendant tout ce temps, l’Orchestre national des Pays de la Loire (ONPL) avait ouvert le concert: bien plus qu’un lever de rideau, à vrai dire, car si la formation n’offre pas une sonorité exceptionnelle, son interprétation du Carnaval romain (1838/1844) de Berlioz se révèle une excellente surprise sous la baguette pleine de peps et d’élan de John Axelrod (né en 1966), directeur musical depuis cette saison. Juste avant l’entracte, il dirige une Cinquième Danse hongroise (1869) de Brahms augmentée de la participation des deux pianistes: après s’être lancés dans une courte introduction où les arpèges se répondent en forme de joute amicale, ils s’amusent à ajouter leurs commentaires à l’orchestration déjà passablement pachydermique d’Albert Parlow (1876). Le bon goût n’y trouve pas nécessairement son compte, mais comment ne pas se réjouir devant cette kermesse bon enfant?

En début de seconde partie, le chef texan dynamise tout autant l’ouverture Carnaval (1891) de Dvorák que celle de Berlioz, avant de rejoindre la chaise haute placée à son intention au côté du podium pour observer la suite des événements, dont il est sans doute familier, ayant déjà accompagné les deux artistes en tournée durant l’été 2009. C’est d’abord Lang Lang qui ne force pas son talent dans des arrangements classiques de trois pièces traditionnelles chinoises (dont Axelrod s’efforce de traduire tant bien que mal les titres), dans la continuité de son disque «Dragon Songs» paru voici quelques années. Même si sous ses doigts, Lune d’automne sur un lac calme de Lü Wencheng (1898-1891) pourrait presque passer pour du Debussy ou du Ravel, Nuages colorés chassant la lune de Wang Jianzhong (né en 1933) paraît plus anecdotique tandis que la Danse de printemps de Sun Yiqiang (né en 1945) adopte d’étranges allures de tango.

Après avoir fait acclamer successivement Lang Lang – «Il est étonnant, pas vrai?» – puis les musiciens et le chef – «Cet orchestre est étonnant! John Axelrod est étonnant aussi!», Hancock, qui fêtera ses soixante-dix dans dix jours, s’installe au second clavier (côté cour) pour se contenter d’une seule mais longue improvisation, sous l’œil du pianiste chinois, qui a tombé la veste. Excellente transition vers une Rhapsody in Blue (1924), cette fois-ci à deux pianos, devant un ONPL emmené avec feu par Axelrod et faisant valoir d’excellents soli de clarinette, trompette et trombone. Cette version tient un peu du ping-pong ou de l’unisson, compte tenu de la contrainte consistant à diviser et répartir la partie soliste originale entre deux pianos au lieu d’un. Mais c’est exactement ce qui convient à une telle rencontre: plus rhapsodique que jamais, l’œuvre de Gershwin est en outre enrichie d’interventions que l’un et l’autre des duettistes prennent le temps de tricoter, pour la plus grande joie du public.

Ovation debout, bouquets de fleurs, chasseur d’autographes au pied du plateau, les choses ne peuvent évidemment en rester là. Et le «duet show» est parfaitement au point dans sa façon de se mettre en valeur. «Que voudrais-tu faire?» interroge Hancock. «Des Etudes de Chopin. Il peut tout faire!» s’exclame Lang Lang, qui fait défiler à toute vitesse la Cinquième (pour les touches noires) des douze Etudes de l’Opus 10 (1830), pendant qu’à l’autre piano, le jazzman fait entendre sa voix soit en alternance, soit en même temps. Revenant sur scène bras dessus bras dessous avec son aîné, Lang Lang suggère un renvoi d’ascenseur pour le second bis: «Encore du Gershwin?» «C’est une bonne idée!» répond Hancock. Une bonne idée, cela se discute; du grand n’importe quoi, probablement; mais une chose est sûre: on n’est pas près de réentendre ainsi cette paraphrase et ces plaisanteries de gamins autour du dernier des Trois Préludes (1926).


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