John Axelrod






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14 Apr 2012
JOHN AXELROD, CHEF D’ORCHESTRE ENGAGÉ
Resmusica.com

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JOHN AXELROD, CHEF D’ORCHESTRE ENGAGÉ

Le 14 avril 2012 par Pierre-Jean Tribot

 

Aller + loin, Entretiens

Alors qu’il dirigera, à Nantes, avec son Orchestre national des Pays de la Loire, le 15 mai prochain, le concert de gala des International Classical Music Awards, le brillant chef d’orchestre John Axelrod revient sur les axes de sa politique artistique et sur ses grandes ambitions pour la diffusion de la musique.

 

Alors qu’il dirigera, à Nantes, avec son Orchestre national des Pays de la Loire, le 15 mai prochain, le concert de gala des International Classical Music Awards, le brillant chef d’orchestre John Axelrod revient sur les axes de sa politique artistique et sur ses grandes ambitions pour la diffusion de la musique.

ResMusica : Vous allez bientôt diriger, à Nantes, avec votre Orchestre national des Pays de la Loire, un Concerto pour famille, de votre composition. Pouvez-vous nous présenter cette partition au titre étrange ?

John Axelrod : L’idée de départ est de renforcer l’éducation musicale à travers l’expérimentation à la maison. La première étape de l’éducation musicale commence avec les parents. La question était : comment pouvons-nous faire de la musique ensemble ? Comment pouvons-nous inciter les familles à le faire ? Ce Concerto rend également hommage à une autre famille de musiciens : les Mozart. Lors de ce concert, nous exécuterons : la célèbre Symphonie des jouets de Leopold Mozart et la Symphonie n°31 « Paris » de Wolfgang Amadeus  Mozart.

Pour en revenir au Concerto, une première étape a été la sélection des trois familles finalistes. Chaque famille participera à l’un des trois mouvements de l’œuvre. Le premier mouvement se déroulera « à table », les participants, assis autour d’une table, feront usage des ustensiles, comme lors d’un repas de famille. Le second mouvement, avec des verres à boire, sera une berceuse, cajoleuse, comme une incitation au rêve. Enfin, le dernier mouvement, sous forme de thèmes et variations, alternera différentes séquences : une marche, une valse, un rag-time et même un boogie-woogie. Les histoires pour enfants comme Alice au pays des merveilles et Max et les Maximonstres ont influencé mon inspiration, tout comme le Mozart de la  Petite musique de nuit et le Haydn de la Symphonie des Adieux. L’ensemble du projet a été filmé et fera l’objet d’un documentaire, diffusé par France 3.

R.M : Quelles initiatives mettez-vous en place pour séduire une nouvelle audience ?

J.A : Depuis 1997, j’ai été impliqué, à de nombreuses reprises, dans le développement d’une nouvelle audience. A Houston, avec l’OrchestraX, nous avons quitté les frontières des salles de concerts, pour présenter la musique, dans des contextes différents, auprès des publics les plus vastes. Je poursuis cette démarche avec les orchestres dont j’ai la charge, de Cracovie à Milan, en passant par Nantes et Lucerne. Si la défense du répertoire est notre métier,  la diffusion de la musique, auprès d’un maximum de personnes,  est notre devoir et notre responsabilité sociale. De plus, les orchestres ne peuvent pas se limiter au public des abonnés traditionnels.

Beaucoup des programmes que j’ai initiés dans des villes  de cultures différentes, ont été durablement efficaces dans la création de  nouveaux publics. Il faut combiner la musique classique avec d’autres médias ou formes d’art pour toucher ces publics. J’ai utilisé le théâtre, le rock, le jazz, le bigband, l’électronique,  la mode,…La clé est d’avoir une vision artistique et  de l’interprétation de la musique.

R.M : Vous allez quitter l’Orchestre national des Pays de la Loire, au terme de la saison 2012-2013. Quel bilan tirez-vous de ce mandat ?

J.A : Mon contrat expire en juillet 2013 et j’ai décidé de ne pas le renouveler. À la base de ma décision, il y a plusieurs aspects. Je pense achever mon mandat avec la réussite de plusieurs objectifs, que je m’étais fixés. Les premiers d’entre eux étaient d’élever la visibilité et la notoriété de l’orchestre. Nous avons renoué avec l’industrie discographique, nous enregistrons pour Warner Classics et Ondine, deux labels majeurs. Nous avons attiré l’attention des médias nationaux français, avec la cérémonie des Victoires de la musique classique, en 2011, à la Salle Pleyel de Paris. De même, l’accueil du concert de gala des International Classical Music Awards 2012, nous renforce auprès de la presse internationale. Du côté des infrastructures, il y aura un nouvel Auditorium à Angers et une nouvelle salle de répétition à Nantes. Un concours est également lancé pour le recrutement d’un nouveau premier violon/super-soliste. Au niveau artistique, nous aurons achevé des cycles complets des symphonies de : Brahms, Schumann et Mendelssohn. Je pense avoir posé les jalons d’un futur rayonnant pour l’ONPL et je pense appliquer cette méthode aux orchestres dont j’aurai la charge, et en premier lieu, l’Orchestre Verdi de Milan.

R.M : Comment avez-vous planifié le retour au disque de l’ONPL ?

J.A : L’un de mes premiers projets avec l’ONPL était notre enregistrement avec Véronique Gens, pour Ondine. Le disque sera lancé à l’occasion du concert de gala des ICMA. Pour moi, il était essentiel que nous enregistrions du répertoire français : Berlioz et Ravel. Dans le même temps, nous avons gravé, avec la violoniste Rachel Kolly d’Alba, pour Warner, un disque intitulé « impressions françaises ». Il a été primé d’un ICMA dans la catégorie « Concerto ». Ce prix caractérise le retour de l’ONPL sur la scène discographique internationale.

Avec Rachel, nous finalisons, un second enregistrement, avec, cette fois des pièces concertantes américaines : Sérénade de Leonard Bernstein et partitions de George Gershwin et Franz Waxman. Ce programme a été choisi par Rachel et moi-même, dans un esprit transatlantique, à l’occasion de la célébration de la saison des 40 ans de l’orchestre, qui va se clore par un concert intitulé justement : Amérique ! Ce disque sera publié en 2012. En 2013, nous enregistrerons l’intégrale du ballet L’Eventail de Jeanne, composé par plusieurs compositeurs français, dont Ravel et Poulenc. Enfin, dans un registre différent, nous allons graver le remix de la Symphonie n°9 de Beethoven, par Gabriel Prokofiev.

R.M : Vous dirigerez les concerts de gala 20112 et 2013 des International Classical Music Awards à Nantes et Milan. Quelle est, pour vous, l’importance de ce prix ?

J.A : Les ICMA sont une formidable opportunité et aussi un honneur  de s’y produire, à l’invitation des meilleurs critiques d’Europe. Ces prix récompensent, ce qu’ils considèrent comme les meilleurs enregistrements de musique classique. Peut-être que ces prix peuvent influer sur les ventes de disques, mais, pour ma part, je suis très heureux que la critique musicale offre la possibilité aux artistes d’être entendus et appréciés. Les participations de l’ONPL en 2012, et de l’Orchestre symphonique de Milan « Giuseppe Verdi en 2013, sont également une reconnaissance pour leur qualité et leur place dans la vie musicale.

R.M : Vous dirigez également l’Orchestre symphonique de Milan « Giuseppe Verdi » (LaVerdi). Pouvez-vous nous parler de cet orchestre et de sa place en Italie ?

J.A : Avec Laverdi, le répertoire est plus traditionnel. Nous avons déjà programmé : Bartók, Beethoven, Brahms, Berlioz, Britten, Berio, Schumann, Strauss, Szymanowski et Tchaïkovski. Nous nous concentrons sur le répertoire de base et nous introduisons des œuvres nouvelles, mais dans un contexte élaboré pour ne pas les isoler du reste du programme.

Les besoins de LaVerdi sont différents de ceux de l’ONPL. C’est un orchestre de classe mondiale qui maintient sa grande réputation internationale ; le public milanais est aussi numériquement plus important. De plus, l’orchestre possède sa propre salle : l’auditorium de Milan. Enregistrements, tournées et actions éducatives sont aussi des axes importants de son activité.

Avec LaVerdi, je vais également commencer un cycle Brahms, sur plusieurs saisons et  je voudrais l’enregistrer en concert. Il me semble important, en tant que chef d’orchestre principal, de mettre l’accent sur le cœur du répertoire, en commençant par Brahms, mais aussi Verdi, évidemment, avec son Requiem, dans le cadre de l’année Verdi, en 2013.

Par ailleurs, la défense des grandes œuvres symphonique est centrale dans mes engagements. Je dirige Mahler, à Naples, Beethoven à Salzbourg, Schumann à Turin, Saint-Saëns à Tokyo et même Mendelssohn au Sultanat d’Oman avec l’orchestre de l’Accademia della Scala.

R.M : Est-ce que vous êtes intéressé par les compositeurs italiens de la génération de 1880 ou les plus récents comme Sinopoli, Nono ou Maderna ?

J.A : Je souhaitais commencer mon mandat auprès de  LaVerdi avec une œuvre contemporaine. Nous avons donc donné une création mondiale de Giorgio Battisteli. Le contraste était total avec la seconde partie dédiée au Requiem de Mozart. Je suis très attiré par la musique contemporaine et j’ai eu la grande chance de créer des partitions de compositeurs comme Wolfgang Rihm, Kaija Saariaho, Fazil Say, Rolf Wallin, et Karim Al-Zand.  À Milan, j’envisage de programmer des partitions de compositeurs italiens de notre temps : Salvatore Scriarrino ou Ivan Fedele ; par ailleurs, je n’oublierai pas d’offrir au public milanais le remix de la Symphonie n°9 de Beethoven par Gabriel Prokofiev.

Je crois que l’instrument de l’orchestre est toujours une toile éternellement blanche sur laquelle un compositeur peut toujours y placer sa peinture de notes. LaVerdi joue merveilleusement la nouvelle musique, avec la précision et la compréhension nécessaires. Comme il y a tant de compositeurs dignes d’intérêts, j’espère que nous aurons la chance de contribuer au dialogue musical de notre temps.

R.M : Vous avez étudié avec Leonard Bernstein. Comment voyez-vous son héritage en tant que professeur et chef d’orchestre ?

J.A : Lenny Bernstein a été le plus grand maître de tous. Il a aidé les gens à atteindre leur meilleur niveau. Il m’a permis d’étudier avec lui pendant la création de son dernier opéra, à Houston. Pour lui, faire de la musique était synonyme de joie et d’amour et si l’on joue de la bonne musique, la vie est belle.

Son enseignement me permet de faire toutes sortes de musique : symphonique, opéra, film, rock ou jazz et de l’exécuter avec la même exigence artistique. Il a été dit que Lenny avait plus de rythme dans son petit doigt que la plupart des gens ont dans leur corps. Avec Bernstein, il était facile de comprendre les aspects cachés, mystiques de la musique. Nous étudions une partition différente chaque jour, et il interrogeait plus sur les aspects spirituels et historiques de la musique. Pour lui, la musique avait un sens, elle était une voix de son temps et elle avait un rôle humanitaire à jouer. Je suis d’accord avec ce message, et je tiens également à voir la musique jouer un rôle plus civique et social dans nos sociétés. Cela ne ferait que contribuer à assurer son avenir.

R.M : Vous avez enregistré deux albums dévolus à la musique de Franz Schreker, pour la firme Nimbus. Comment avez-vous découvert ce compositeur ?

J.A : J’ai dirigé de nombreuses œuvres de compositeurs interdits pendant le régime nazi, et de compositeurs de l’entre-deux-guerres. Ces décennies  1920-1930 ont été parmi les plus prolifiques et les plus fertiles dans l’histoire de la musique. Je suis fasciné par les nombreuses écoles musicales d’alors, toutes héritières du même creuset compositionnel. Franz Schreker, en tant que professeur de composition à Berlin, a influencé toutes les révolutions musicales de cette époque. Ses propres partitions sont sous-estimées alors que leur qualité est exceptionnelle. L’un de ses plus grands chefs d’œuvres, hélas trop méconnu, est  Die Geburtstag der Infantin.

Mais la plus grande découverte pour moi a été les lieder  avec orchestre de Julius Burger, que j’ai enregistrés avec Dietrich Henschel, lors de mon mandat à la tête de l’orchestre de Lucerne. C’est une musique qui me touche au plus profond de mes veines. Une autre partition, qui correspond à mes valeurs en tant qu’artiste et être humain, est la Symphonie n°3 « Kaddish » de Leonard Bernstein. J’ai également pu l’enregistrer lors avec l’Orchestre de Lucerne.

Crédits photographiques : John Axelrod/Artefakt


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