John Axelrod






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1 Oct 2010
John Axelrod, OPL
ResMusica.com

Liège. Salle philharmonique. 24-IX-2010. Richard Wagner (1813-1883) : Siegfried - Idyll ; Robert Schumann (1810-1856) : Concerto pour quatre cors et orchestre en fa majeur op. 86 ; Gustav Mahler (1860-1911) : Le Chant de la terre. Nico De Marchi, Bruce Richards, Geoffrey Guérin, David Lefèvre, cors ; Anna Larsson, contralto ; Thomas Mohr, ténor ; Orchestre Philharmonique de Liège, direction : John Axelrod

 

Après deux grands concerts donnés en plein air au cœur de Liège dans le cadre des fêtes de Wallonie, l’OPL ouvrait réellement sa saison ce vendredi à travers un programme aux accents germaniques prononcés. La première pièce, Siefried-Ydill, nous invite dans l’intimité du couple Wagner. L’œuvre de 1870 a en effet été composée par l’auteur du Ring comme un cadeau d’anniversaire à l’attention des trente-trois ans de Cosima. C’est depuis la cage d’escalier de leur villa de Tribschen que l’œuvre a été exécutée par un effectif de treize musiciens offrant ainsi un réveil des plus sensibles à l’épouse de Wagner. Cette pièce emprunte de manière évidente deux thèmes issus de l’opéra Siegfried, deuxième journée du cycle de l’anneau. Au delà de ces thèmes agréables mais redondants, les harmoniques de Tristan se rappellent également à nos oreilles.

 

John Axelrod, nouveau de Directeur Musical de l’Orchestre National des Pays de la Loire à dater de ce mois de septembre 2010, dirige l’OPL avec brio. Limpide et luxuriante, la sonorité de l’orchestre traduit une communication efficace entre le chef d’orchestre américain et les musiciens et ce, avec ou sans baguette. Le chef d’orchestre a en effet laissé s’échapper sa baguette après quelques minutes de musique mais ne s’est pas laissé déstabiliser pour autant, rappelant s’il fallait encore le faire, que l’usage de la baguette importe peu dans l’art de la direction d’orchestre.

Le Concerto pour quatre cors de Robert Schumann est une œuvre rarement jouée. Elle est pourtant digne d’intérêt et fait une synthèse jubilatoire des possibilités qu’offre le cor chromatique à piston dont Schumann avait saisi le potentiel musical. Le premier mouvement s’ouvre sur un thème victorieux entonné par les quatre solistes, qui siérait à merveille à l’accompagnement d’un film de science-fiction. Ce mouvement ne se résume heureusement pas à cette anecdote et le caractère martial de la formation de cors s’efface très vite pour laisser place à un jeu de réponse entre l’orchestre et les solistes abordant les registres les plus extrêmes de l’instrument. Nico de Marchi, Bruce Richards, Geoffrey Guérin et David Lefèvre, cornistes de l’Orchestre philharmonique de Liège abordent ces difficultés sans jamais faillir et bénéficient d’une attention particulière de John Axelrod, qui soigne la rythmique diabolique de ce premier mouvement. La romance qui suit préfigure très largement, par son climat tout en clair-obscur, la Symphonie n°3 de Schumann et son quatrième mouvement décrivant les impressions du compositeur face aux variations de lumière animant la cathédrale de Cologne. Enfin, le troisième mouvement, enchaîné, entraîne à nouveau nos quatre solistes dans un maelström. Cette solide mise à l’épreuve au niveau endurance n’a pas empêché le quatuor de cors d’interpréter en bis une évocation du quatrième mouvement de la Symphonie n°2 de Mahler.

Poursuivant la collaboration entamée avec l’ensemble des orchestres belges autour d’un "cycle Mahler", les musiciens liégeois nous proposaient en seconde partie de concert le Chant de la terre. John Axelrod confirme à travers cette "symphonie pour voix" le fruit de ses expériences en tant que chef de formations lyriques. L’orchestre s’engage en effet pleinement dans chacun des tableaux, bouleversantes évocations des sentiments humains face à la mort et à la beauté de la nature. La Chanson à boire est foudroyante d’énergie, portée par les cors remarquables à l’unisson. Stephen Gould n’ayant pu assumer ses engagements pour raisons de santé, était remplacé par Thomas Mohr, ténor ayant débuté sa carrière comme baryton. Ce dernier possède une voix d’une puissance impressionnante, mais souvent mal exploitée. S’accrochant trop souvent à sa partition, le chanteur semble lutter contre des effectifs orchestraux pourtant largement maîtrisés par Axelrod. Thomas Mohr force ainsi trop souvent sa voix, tout comme il tend parfois à courir devant l’orchestre. C’est regrettable car il s’agit de la seule réserve que nous retiendront dans l’exécution de ce Chant de la terre. Les mouvements destinés à la contralto Anna Larsson constituent de très beaux moments de pureté et de subtilité musicales. Justesse sans faille de la voix et sobriété dans la diction font d’Anna Larsson une interprète de choix dans le répertoire malhérien depuis plusieurs années déjà. Quant à John Axelrod, sa lecture ne craint aucun temps mort. L’orchestre fait mouche à travers chacun des mouvements. Les bois excellent dans le troisième mouvement De la jeunesse : équilibre des dynamiques et soins dans les attaques participent de cette réussite. Mais le moment le plus poignant de cette soirée reste sans conteste l’Adieu où le temps semble suspendu, tant par les envoutants solos de hautbois que par le bercement lancinant des harpes dans le registre grave.

Crédit photographique : John Axelrod / CR : © Marc Roger/onpl
Rédacteur : Sylvain Rouvroy
pour ResMusica.com le 27/09/2010


Permalink : http://www.johnaxelrod.com/press_detail.php?John-Axelrod-OPL-73


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